Hadeland

Résidence à la Glasslaven Kunstsenter, Norvège: du 1er au 30 juin 2016

Glasslaven Kunstsenter barn

La salle de pratique

Le studio

Verktøy

English version is following

La résidence se trouvait dans un hameau, Granavollen, en pleine campagne agricole à une heure d’Oslo. Aucun restaurant ou bar, quelques maisons, un centre touristique pour les pèlerins qui passaient par là, une école et plusieurs pâturages où broutaient vaches et chevaux. Au cœur du village, deux églises appelées les Sisters Chapels, construites autour de 1100, s’érigeaient. Imposantes, elles faisaient tout le charme et l’attrait de ce petit village perché sur une butte.

Dès mon arrivée, ce lieu ancestral m’a inspiré un calme et une sécurité qui, j’imagine, étaient liés à son immobilité dans le temps. Rien n’avait changé depuis des années. Loin d’un esprit de Carpe Diem propre aux Amériques encore jeunes, ici je sentais la tradition, la lourdeur d’un passé qui étaient perceptibles partout, à chaque tournant de sentier, à chaque clôture, à chaque maison. Lourdeur et présence. Présence des ancêtres qui avaient bâti ces immenses granges, ces routes et ces églises. C’était beau et émouvant de se promener à travers ce tableau vivant façonné sur tant d’années. Aussi j’ai observé un respect profond envers ce passé et une attention toute particulière portée sur l’environnement, la nature et je dirais même la famille.

Mon projet initial se basait sur les outils numériques en lien à un imaginaire de la nordicité. Le matériel que j’ai apporté du Québec se concentrait principalement autour de la couleur bleu, qui j’en étais convaincue, serait la couleur que m’inspirerait la Norvège. Or, ma pratique a pris une voie inattendue.

Dans ma production, ce lien à la terre et à la tradition s’est reflété dans un changement visuel et technique. J’ai choisi de substituer le crayon graphite à l’encre de couleur brune. Alors que dans ma dernière production je recherchais un effet d’évanescence, d’apesanteur et de forme inachevée, j’ai voulu plutôt ici toucher à la matière, aux choses concrètes dont le poids se ressent. Aussi, j’ai eu envie de travailler la pureté de la forme sous différents aspects. L’utilisation d’un papier de couleur naturel est venue par la suite. L’Éclat du papier blanc est passé à un papier de couleur, la couleur gris-vert entre autres, permettait un effet sur le dessin de profondeur et de calme. Le rouge quant à lui, apportait un côté sensuel et fougueux, aussi très présent dans la culture norvégienne. Volontairement, j’ai délaissé l’ordinateur. Le dessin fait à la main de A à Z était de mise.

J’ai produit  une série intitulée Verktøy (outils en norvégien) qui faisait écho en quelque sorte au milieu agricole et fermier. J’ai intuitivement commencé à fabriquer, par mes lignes graphiques, des objets/outils imaginaires qui auraient un lien à la main, au concret, soit par leur manipulation ou par leurs imperfections de fabrication. J’ai alors conçu sur papier quadrillé des formes avec des trous et/ou des poignées qui leur permettaient d’être agrippés ou suspendus. La grammaire visuelle que j’avais l’intention de créer se révélait une grammaire «archéologique» mettant à jour des formes graphiques puisées phénoménologiquement à même le lieu où je me trouvais. Étonnamment, les gens qui ont vu mon travail m’ont dit reconnaître leur pays à travers mes dessins. Je dois admettre que rien de tout ce que j’ai produit n’aurait pu être créé ailleurs. Pour moi, c’est une série norvégienne.

 

The residence was located in a hamlet, Granavollen, in the middle of the agricultural countryside an hour from Oslo. No restaurant or bar, a few houses, a tourist center for pilgrims passing by, a school and several pastures where cows and horses grazed. In the heart of the village stood two churches called the Sisters Chapels built around 1100. Imposing, they made all the charm and the attraction of this small village perched on a hill.

As of my arrival, this ancestral place inspired me a calm and a security which, I imagine, were related to its immobility in time. Nothing had changed in years. Far from a Carpe Diem spirit peculiar to the still young Americas, here I felt the tradition, the heaviness of a past that was perceptible everywhere, at every turn of the path, at every fence, in every house. Heaviness and presence. Presence of the ancestors who had built these immense barns, these roads and these churches. It was beautiful and moving to walk through this living picture fashioned over so many years. Also I observed a deep respect for this past and a very special attention paid to the environment, nature and I would even say the family.

My initial project was based on digital tools linked to an imaginary of Nordicity. The material I brought from Quebec was mainly concentrated around the color blue, which I was sure would be the color that Norway would inspire me. However, my practice took an unexpected path.

In my production, this link to the land and to tradition was reflected in a visual and technical change. I chose to substitute the graphite pencil for the brown ink. While in my last production I was looking for an effect of evanescence, weightlessness and unfinished form, I wanted here rather to touch the matter, the concrete things whose weight is felt. Also, I wanted to work on purity of form in different aspects. The use of natural colored paper came later. The brightness of the white paper changed to colored paper, the gray-green color among others, allowed an effect on the drawing of depth and calm. As for red, it brought a sensual and fiery side, also very present in Norwegian culture.  I left the computer on purpose. The handmade drawing made from A to Z was what I wanted.

I produced a series called Verktøy (tools in Norwegian) which somehow echoed the agricultural and farming environment. I intuitively started to make, by my graphic lines, imaginary objects / tools which would have a link to the hand, to the concrete, either by their manipulation or by their manufacturing imperfections. I then designed shapes on grid paper with holes and / or handles that allowed them to be gripped or hung.

The visual grammar I intended to create turned out to be an « archaeological » grammar revealing graphical forms drawn phenomenologically from the place I was in. Surprisingly, the people who saw my work told me they were recognizing their country through my drawings. I have to admit that nothing of all I have produced could have been created elsewhere. For me, it’s a Norwegian series.